
La Fontaine Charles
Sept siècles de mémoire au bord du canal de la Bridoire.
- Mentionnée dès 1319 (fontem Karroli)
- Au pied du pont de la Bridoire
- Restaurée au début de l'été 2026
Pont de la Bridoire, 17620 Saint-Agnant
15 min
- Vélo
L'histoire, en quelques mots
Ah… vous voilà enfin ! Approchez donc… Je suis la fontaine Charles. Et même si ma récente restauration, au début de l'été 2026, m'a redonné quelque éclat, ne vous fiez pas à mon apparence : je veille ici depuis plus de sept siècles.
Lorsque j'ai vu le jour, le monde était bien différent du vôtre. La France était alors gouvernée par Jean II, que l'Histoire retiendra sous le nom de Jean le Bon, roi de la dynastie des Valois. Son règne fut mouvementé… Il fut notamment vaincu et capturé par les Anglais lors de la célèbre bataille de Poitiers, en 1356, face aux troupes du Prince Noir, dans les premières décennies de cette longue période que vous connaissez sous le nom de guerre de Cent Ans.
Imaginez un instant les chemins de cette époque… Pas de voitures, bien entendu. Des voyageurs à pied, des cavaliers, des charrettes grinçant sur les chemins… et moi, déjà là, offrant mon eau et servant de repère. Construite avec les pierres du pays, je compte aujourd'hui parmi les plus anciennes fontaines répertoriées de la commune. Mais attention ! Mon nom a parfois semé quelque confusion…
Au fil des siècles, certains m'ont confondue avec la fontaine Charlemagne, située à l'est du hameau de Villeneuve. Pourtant, regardez bien autour de vous : la fontaine Charles, c'est ici ! Au bord du pont de la Bridoire, contre sa pile sud, côté ouest, le long du canal qui porte lui aussi le nom de Bridoire. Depuis des centaines d'années, ma présence sert ainsi de point de repère aux habitants comme aux voyageurs.
Remontons maintenant au début du XVIe siècle. La guerre de Cent Ans est terminée depuis quelques décennies et les seigneuries cherchent à préciser leurs possessions et leurs limites. Un certain Antoine de Crevant, docteur en théologie de la Trinité de Vendôme, est alors chargé d'établir un dénombrement temporel. Et devinez qui apparaît parmi les repères du territoire ? Moi, bien sûr ! Je suis citée pour marquer les limites de la seigneurie de Montierneuf, entre Échillais et Saint-Agnant.
Mais ma mémoire écrite est encore plus ancienne. Le 12 juin 1319, un acte administratif me mentionne déjà sous une formule latine : « prope iter quod itur fontem Karroli ». Autrement dit : « près du chemin qui mène à la fontaine Charles ». Plus de sept cents ans plus tard, ce simple morceau de phrase est précieux. Il prouve qu'à cette époque déjà, j'étais suffisamment connue pour servir de point de repère dans les documents officiels.
Les siècles passent… mais mon nom ne disparaît pas. Le 12 février 1567, je figure encore dans le dénombrement du château de Soubise, établi par Antoinette d'Aubeterre, veuve de Jean de Parthenay. Plus tard, mon existence sera également conservée dans les Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis. Vous voyez… les vieilles pierres ont parfois une sacrée mémoire !
Et des bouleversements, croyez-moi, j'en ai vus ! À mes pieds allait naître le canal de la Bridoire, dont le projet fut imaginé sous l'impulsion du cardinal de Richelieu. Son creusement fut une entreprise longue, pénible et dangereuse. Les travaux s'étalèrent sur plusieurs décennies avant que le canal ne connaisse véritablement son utilisation au XIXe siècle. Des hommes travaillèrent ici dans des conditions extrêmement difficiles… et certains y laissèrent malheureusement leur vie.
J'ai observé ces ouvriers creuser la terre, déplacer les pierres et lutter contre l'eau. Puis j'ai vu s'élever le pont tout proche. Et bien des années plus tard, en 1944, j'ai assisté à sa destruction lors de la retraite des troupes allemandes. Les hommes construisent… les guerres détruisent… puis les générations suivantes reconstruisent à leur tour.
Mais mon quotidien n'a pas toujours été fait de grands événements historiques. Pendant des siècles, j'ai surtout accompagné la vie ordinaire des habitants. Hommes, femmes et enfants venaient jusqu'à moi pour puiser de l'eau, remplir leurs récipients, faire une halte… et naturellement échanger quelques nouvelles. Des travaux dans les champs, des récoltes, des mariages, des naissances, quelques querelles peut-être…
Je vous rassure : même après sept siècles, je sais encore garder les secrets !
Levez maintenant les yeux vers le mamelon qui domine les environs. Selon la tradition, une ancienne église dédiée à Saint-Saturnin aurait été fondée là-haut vers l'an 800, à l'époque carolingienne, sous l'impulsion de Charlemagne. Imaginez alors ce paysage il y a plus de mille ans… Des chemins de terre, quelques habitations, des terres cultivées… et une communauté qui s'organise peu à peu autour de ces points d'eau indispensables à la vie.
Depuis plus de sept cents ans, je regarde les saisons se succéder. J'ai vu passer des voyageurs, des paysans, des soldats, des ouvriers, des familles… J'ai vu les chemins devenir des routes, les paysages se transformer et les générations disparaître pour laisser place aux suivantes. Aujourd'hui, restaurée et remise en valeur, je suis toujours là. Alors, avant de poursuivre votre chemin, accordez-moi encore quelques secondes… Regardez mes pierres. Écoutez le murmure de l'eau. Et souvenez-vous qu'ici, au bord de la Bridoire, une vieille fontaine continue patiemment de raconter, à qui veut bien l'entendre… une petite histoire au cœur de la grande Histoire de Saint-Agnant.
« Mise en valeur lors des Journées du Patrimoine. »
Accessible librement toute l'année, au bord du canal de la Bridoire.
Le Sentier des Marais
Respirer, observer, ralentir au fil de l'eau.
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