
Le marais de Saint-Agnant
D'un golfe marin au blanc or de la Saintonge, puis au refuge des oiseaux.
- Ancien golfe de Saintonge
- Le blanc or et l'âge d'or d'Aliénor d'Aquitaine
- Œillets et levées encore lisibles dans le paysage
- Vélo
L'histoire, en quelques mots
Bienvenue, vous qui aimez la nature… Je suis ce qui reste des anciens marais salants de Saint-Agnant.
Aujourd'hui, je suis un refuge pour la faune et la flore, un paysage paisible où les oiseaux trouvent gîte et nourriture. Mais pour comprendre qui je suis, il faut remonter très loin dans le temps…
Il y a plusieurs milliers d'années, j'étais une vaste étendue d'eau salée : le golfe de Saintonge. Mes eaux baignaient les rivages de Saint-Nazaire, de Saint-Agnant, de Villeneuve et de Saint-Jean-d'Angle. Les hauteurs de Beaugeay, Marennes, Hiers, Saint-Sornin ou Broue formaient alors de véritables îles. On ne s'y rendait qu'en barque. Romains, Gallo-Romains puis Mérovingiens naviguèrent sur mes eaux, faisant de moi une voie naturelle entre l'océan et les terres de Saintonge.
Puis, lentement, la nature transforma mon visage. La Charente, la Seudre et même la lointaine Garonne déposèrent, siècle après siècle, leurs limons et cette argile que l'on appelle ici la terre de bri. Peu à peu, le fond du golfe s'éleva. La mer se retira, laissant apparaître des vasières, des chenaux et de vastes étendues de terres nouvelles.
Les hommes comprirent aussitôt la richesse de ce paysage naissant. Ils aménagèrent des digues, creusèrent des canaux et créèrent des salines. Sous l'action du soleil, du vent et du savoir-faire des paludiers naquit un trésor : le blanc or de la Saintonge.
Dès le Moyen Âge, mes marais devinrent une véritable richesse. Seigneurs, abbayes et prieurés se disputaient leur possession. Sous le règne d'Aliénor d'Aquitaine et de son fils Richard, je connus mon âge d'or. Le prieuré voisin administra une grande partie des salines. Chaque œillet était entretenu avec soin, chaque récolte faisait vivre des familles entières. Chargé sur des bateaux, le sel quittait mes rivages pour approvisionner les ports du royaume et parfois des contrées bien plus lointaines.
Autour de moi, toute une société s'organisait. Les seigneurs possédaient les terres, les religieux en dirigeaient l'exploitation, tandis que les paludiers entretenaient les bassins avec un savoir transmis de génération en génération. En retour, chacun versait sa part : la dîme à l'Église, la gabelle sur le sel et les impôts au roi. Le sel nourrissait les hommes… mais aussi les finances du royaume.
Puis vinrent les temps difficiles. Les guerres de Religion perturbèrent le commerce. Les ports déclinèrent et les salines furent peu à peu abandonnées. Sans entretien, certaines digues cédèrent et les eaux envahirent les anciens bassins. On parla alors de marais gâts. Les hommes se tournèrent progressivement vers une autre vocation plus agricole : les salines furent transformées en prairies et en terres cultivées où l'on élevait le bétail et cultivait céréales et fèves.
Aujourd'hui, je ne produis plus le sel qui fit autrefois ma renommée. Pourtant, regardez attentivement… Les levées de terre, les fossés, les anciens canaux et le dessin des œillets sont encore visibles. Ils racontent des siècles d'efforts et d'ingéniosité.
Désormais, la nature a repris ses droits. Les oiseaux migrateurs, les hérons, les aigrettes, les cigognes et bien d'autres espèces ont fait de moi leur refuge. Je suis devenu un écrin de biodiversité autant qu'un livre d'histoire à ciel ouvert.
Alors, avant de poursuivre votre promenade, prenez un instant pour écouter le vent… Il vous racontera peut-être, à sa manière, comment un immense golfe marin est devenu l'un des plus beaux marais de Saintonge.
« Le sel nourrissait les hommes… mais aussi les finances du royaume. »
Sentiers balisés accessibles librement, à pied ou à vélo.
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