Saint-Agnant — Patrimoine & balades
Les Marais salants
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Nature11 000 ans d'histoire

Les Marais salants

Onze mille ans entre la mer, le sel, la fièvre des marais et les canaux d'aujourd'hui.

Itinéraire
À voir en un coup d'œil
  • 11 000 ans d'histoire lisibles dans le paysage
  • Le marquis de Reverseaux et le grand assainissement
  • Vers un Parc naturel régional
Durée conseillée

1 h

Accessibilité
  • Vélo

L'histoire, en quelques mots

Écouter l'histoire

Vous qui aimez cet espace, lorsque vous parcourez aujourd'hui le marais de Saint-Agnant, vous découvrez un paysage paisible : de grandes prairies, des canaux, des fossés, quelques arbres, des troupeaux et une multitude d'oiseaux. Un paysage qui semble immuable… Et pourtant, il raconte une histoire vieille de 11 000 ans.

Il y a 11 000 ans : la mer. À cette époque, la mer occupait une grande partie de l'actuelle Charente-Maritime. Le territoire de Saint-Agnant se trouvait sur le trait de côte d'un vaste espace marin, le golfe de Saintonge. La mer pénétrait profondément les terres de la région. Puis, au fil des millénaires, les sédiments appelés ici « terre de bri », apportés par les fleuves, se déposèrent progressivement. Le golfe se combla. La mer recula peu à peu et laissa derrière elle des vasières, des terres humides et un paysage en perpétuelle transformation. C'est sur ces terres nouvelles que l'histoire du marais allait commencer.

Le temps du sel. Très tôt, les hommes comprirent que ces espaces étaient une richesse. La présence du sel permit le développement d'une activité qui allait marquer durablement le territoire. Dès l'Antiquité, le sel était exploité dans la région, notamment par les hommes du prieuré. Au fil des siècles, les hommes aménagèrent les vasières : ils construisirent des digues, creusèrent des chenaux et organisèrent la circulation de l'eau de mer. Le paysage se transforma alors en un immense réseau de bassins. L'eau entrait dans les salines. Le soleil et le vent faisaient leur travail. L'eau s'évaporait… et le sel apparaissait. Le sel était précieux : il servait à conserver les aliments et constituait une importante source de richesse. Il était expédié à travers toute l'Europe. Pendant des siècles, les marais salants firent vivre les populations locales. Mais pour fonctionner, ces salines nécessitaient un entretien permanent. Et lorsque l'activité déclina, le paysage changea une nouvelle fois.

Le marais gât. Avec le recul de la mer et la disparition progressive des activités salicoles, les anciens bassins furent moins entretenus. Les chenaux s'envasèrent. Les fossés se bouchèrent. Les eaux circulèrent de moins en moins bien. Le marais devint progressivement un « marais gât », selon l'expression autrefois employée pour désigner ces espaces dégradés et mal drainés. Et les conséquences furent lourdes. L'eau stagnait. La végétation pourrissait dans certains secteurs. Avec les fortes chaleurs, les odeurs pouvaient devenir particulièrement difficiles à supporter. Mais le problème était surtout sanitaire : les eaux stagnantes favorisaient les moustiques et le développement du paludisme, alors appelé la « fièvre des marais ». La maladie frappait régulièrement les populations. Des hommes, des femmes et des enfants tombaient malades et certains en mouraient. Le marais n'était donc plus seulement un territoire difficile à exploiter : il était devenu un problème de santé et de salubrité. Il fallait réagir.

Le grand chantier de l'assainissement. À partir du XVIIIᵉ siècle, de grands travaux furent entrepris pour améliorer la situation. Le marquis de Reverseaux, homme entreprenant et très impliqué dans cette transformation, sollicita l'intervention du roi afin d'obtenir les moyens nécessaires. Avec l'aide de nombreux militaires, un vaste chantier d'assainissement fut engagé. On creusa de nouveaux canaux. On rétablit les anciens fossés. On renforça les digues. Et surtout, on organisa la circulation de l'eau. Le principe était simple : faire circuler l'eau plutôt que la laisser stagner. Les canaux devinrent alors les véritables artères du marais. Ils permettaient d'évacuer les eaux excédentaires et d'assécher progressivement certaines terres. Le paysage changea encore. Les anciennes salines disparurent peu à peu. À leur place apparurent de grandes prairies. Le marais devint un territoire agricole, consacré notamment à l'élevage, au pâturage et à la fauche.

Le marais d'aujourd'hui. C'est cette longue histoire que vous pouvez encore lire dans le paysage actuel. Les canaux que vous voyez ne sont pas de simples fossés : ils sont les héritiers de siècles de travaux et témoignent de l'importance de la maîtrise de l'eau. Les prairies rappellent l'ancienne vocation agricole du marais. Les anciennes zones salicoles ont laissé leurs traces dans le relief et l'organisation des parcelles. Et les oiseaux qui peuplent aujourd'hui ces espaces nous rappellent que le marais est aussi devenu un formidable refuge pour la biodiversité. Car le regard porté sur le marais a, lui aussi, changé. Hier, il fallait lutter contre l'eau stagnante et rendre les terres exploitables. Aujourd'hui, il faut aussi préserver l'eau, les zones humides, les paysages et la biodiversité.

Et demain ? Une nouvelle étape se prépare aujourd'hui avec le projet de Parc naturel régional. Ce projet doit permettre de construire collectivement l'avenir de ce territoire en conciliant la protection des paysages et de la biodiversité avec l'agriculture, les activités locales, le tourisme et la qualité de vie des habitants. Après avoir cherché pendant des siècles à transformer le marais pour pouvoir y vivre et y travailler… nous apprenons désormais à mieux vivre avec lui.

Et c'est peut-être là toute la beauté de son histoire. Car lorsque vous traversez aujourd'hui le marais de Saint-Agnant, vous ne traversez pas simplement une belle campagne : vous traversez 11 000 ans d'histoire. Ici, la mer a laissé place aux terres. Les hommes ont récolté le sel. Les salines ont disparu. Le marais s'est dégradé. Les canaux ont été creusés pour sauver les terres et améliorer les conditions de vie. Et aujourd'hui, ce même paysage est devenu un patrimoine naturel que l'on souhaite préserver et faire découvrir.

Alors, prenez le temps de regarder… Écoutez le chant des oiseaux. Observez l'eau qui circule doucement dans les canaux. Regardez les troupeaux dans les prairies. Et imaginez, sous ce paysage paisible, la mer qui se trouvait ici il y a 11 000 ans. Le marais de Saint-Agnant n'est pas seulement un paysage : c'est une histoire entre la mer, l'eau, la terre et les hommes. Et cette histoire, loin d'être terminée, continue de s'écrire aujourd'hui, au fil de l'eau.

« Le paludisme, appelé ici « fièvre des marais », frappait les habitants avant les grands travaux d'assainissement du XVIIIᵉ siècle. »
Visite

Chemins et digues accessibles librement, à pied ou à vélo. Jumelles conseillées pour l'observation des oiseaux.

En images

Promenade au bord d'un canal du marais de Saint-Agnant, une cigogne en vol au-dessus d'une visiteuse coiffée d'un chapeau de paille
Le marais de Saint-Agnant : un moment de contemplation entre ciel, eau et cigogne.
Chemin blanc longeant un canal du marais avec des vaches au pâturage
Les canaux, véritables artères du marais depuis le XVIIIᵉ siècle.
Vanne de pierre et passerelle au-dessus d'un canal du marais
Faire circuler l'eau plutôt que la laisser stagner.
Troupeau pâturant derrière les roseaux du marais
Les prairies nées de l'assainissement, entretenues par le pâturage.
Deux cygnes sur un canal du marais
Refuge de biodiversité : le nouveau visage du marais.
Marais inondé à l'aube en hiver
L'hiver, l'eau reprend sa place et rappelle l'ancien golfe.
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Le Sentier des Marais

Respirer, observer, ralentir au fil de l'eau.

1h303,8 kmFacile
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