
Fontaine-lavoir du Merzaud
Le lavoir aux confidences : eau, cordes et mémoire des lavandières.
- Puits d'alimentation en amont du bassin
- Rainures de cordages gravées dans la margelle
- Système de planche pour retenir l'eau
Hameau du Merzaud, 17620 Saint-Agnant
15 min
- Vélo
L'histoire, en quelques mots
Ah… quel bonheur de vous voir ! Cela me fait tant plaisir de recevoir de la visite.
Il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui, peu de promeneurs s'arrêtent pour bavarder avec moi. Pourtant, il fut un temps où j'étais l'un des lieux les plus vivants du village.
Dans ma jeunesse, du lever du soleil jusqu'à la tombée du jour, les lavandières se retrouvaient autour de mon bassin. Elles frottaient, rinçaient et tordaient le linge avec énergie, tout en échangeant les nouvelles du pays, des confidences… et, je dois bien l'avouer, quelques savoureux ragots !
Rien ne m'échappait. J'ai entendu parler de mariages, de naissances, de récoltes prometteuses, de querelles de voisinage… et même de quelques histoires d'amour que l'on croyait pourtant bien cachées. Ah… si les pierres pouvaient parler, elles auraient tant de secrets à révéler !
Je vous comprends cependant. En me voyant aujourd'hui, avec mes vieux escaliers aux pierres disjointes, mon bassin envahi par les herbes et les marques du temps gravées dans chacune de mes pierres, il est difficile d'imaginer l'effervescence qui régnait ici autrefois.
Pourtant, fermez un instant les yeux… Écoutez le bruit des battoirs frappant le linge, les éclats de rire des femmes, les chansons qui accompagnaient leur travail… Vous y êtes presque.
Laissez-moi maintenant vous raconter ma véritable histoire.
En amont de mon bassin, vous apercevez le puits qui m'alimentait en une eau claire et fraîche. Lorsque la source était généreuse, l'eau montait naturellement jusqu'au réservoir, puis s'écoulait par une petite ouverture pour remplir mon bassin.
Mais lorsque venaient les périodes de sécheresse, la tâche devenait bien plus difficile. Les lavandières devaient alors puiser l'eau directement dans le puits, à l'aide de lourds seaux suspendus à de solides cordes. Ce travail exigeait force, patience… et beaucoup de courage.
Approchez-vous et regardez attentivement le rebord de ma margelle. Voyez ces profondes rainures ? Ce ne sont pas de simples fissures : ce sont les cicatrices laissées par des générations de cordes qui, jour après jour, ont frotté la pierre en remontant les seaux remplis d'eau. Elles sont la mémoire silencieuse du labeur de ces femmes.
Ici, rien n'était gaspillé. Chaque goutte d'eau comptait. Pour éviter qu'elle ne s'écoule trop rapidement vers le marais, on retenait son départ grâce à une simple planche placée à la sortie du bassin. L'eau demeurait ainsi à un niveau suffisant pour laver le linge dans de bonnes conditions. Une solution ingénieuse, née du bon sens paysan et d'une parfaite connaissance de la nature.
Aujourd'hui, je ne suis plus le cœur battant du hameau. Les lavandières ont disparu, les battoirs se sont tus et les conversations se sont envolées avec le temps.
Mais si vous prenez quelques instants pour m'écouter, vous entendrez peut-être encore le murmure de mon eau, les chansons des lavandières, leurs éclats de rire… et tous ces souvenirs que mes vieilles pierres gardent précieusement depuis des générations.
« Les profondes rainures sur la margelle sont les cicatrices laissées par des décennies de cordes et de seaux. »
Accessible librement toute l'année, sur le circuit des fontaines.
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