
Le Four banal du Péré
Le four du seigneur où tout le village venait cuire son pain, au creux du vallon de Fond Germain.
- Four « banal » : droit seigneurial du ban
- Le fournier, gardien du feu communautaire
- Abandonné après la Révolution, aujourd'hui redécouvert
10 min
- PMR
L'histoire, en quelques mots
Approchez… n'ayez pas peur de mes vieilles pierres enduites de chaux : elles ont bien des choses à raconter. Je suis le four banal du Péré, né au XIIᵉ siècle. Voilà bien des années que je veille sur cette terre de Montierneuf. Aujourd'hui je ne suis plus qu'un vestige ; autrefois, j'étais le cœur battant du village.
Pourquoi « banal » ? Rassurez-vous, ce n'est pas parce que j'étais ordinaire. Le mot vient du ban, ce pouvoir qu'exerçait le seigneur sur ses terres. À cette époque, les habitants ne pouvaient pas cuire leurs repas chez eux : ils devaient venir jusqu'à moi. C'était la règle. Chacun apportait sa pâte et ses plats soigneusement préparés à la maison, et le fournier, gardien de mon feu, enfournait pains et casseroles dans ma grande bouche en briques réfractaires. En échange, il fallait verser une redevance en nature au seigneur : c'était la loi du temps.
Mais ne croyez pas que je n'étais qu'un instrument d'autorité. J'étais aussi un lieu de vie. Les familles arrivaient avec leurs corbeilles et diverses marchandises destinées à être monnayées. On échangeait les nouvelles, on riait, on parlait des récoltes, des marais, des troupeaux. Les enfants couraient autour de moi pendant que les adultes attendaient que le pain dore lentement dans ma chaleur. Ah… quelle merveilleuse odeur ! Le parfum du pain chaud se mêlait à celui des plats destinés à être partagés. Mes pierres vibraient sous la chaleur des flammes, et pendant des heures tout le village semblait respirer au même rythme.
Il faut dire que je n'étais pas installé ici par hasard. Je me trouvais au cœur d'un territoire particulièrement vivant. Tout autour de moi s'étendaient les terres du prieuré. Non loin coulaient les eaux du Péré. Les moulins tournaient au vent ou au fil de l'eau, les charrettes empruntaient les chemins, et le petit port voisin voyait passer céréales, sel et pierres. J'étais l'un des rouages de cette grande mécanique rurale qui faisait vivre tout un pays.
Puis le temps changea. La Révolution française mit fin aux droits seigneuriaux. Les habitants retrouvèrent leur liberté de cuire où ils le souhaitaient. Alors, peu à peu, mes flammes s'éteignirent. Le silence remplaça les éclats de voix. La mousse, le lierre et les ronces recouvrirent mes pierres. Les saisons passèrent, encore et encore… et beaucoup finirent par m'oublier.
Pourtant… je suis toujours là. Des habitants passionnés sont revenus jusqu'à moi. Ils ont débroussaillé les lieux, retiré toutes les pierres à l'intérieur du four qui m'ont préservé de tout effondrement, étudié mon histoire, imaginé ma renaissance. Ils ne cherchent pas seulement à restaurer un vieux four : ils veulent rallumer une mémoire, et assurer une transmission. Car je ne suis pas seulement un assemblage de pierres : je suis le souvenir d'un village qui se retrouvait autour d'un même feu. Je rappelle qu'autrefois, le pain n'était pas un simple aliment : il était le fruit du travail, du partage et de la solidarité.
Alors, lorsque vous quitterez ce lieu, emportez avec vous cette image. Imaginez les flammes qui dansent de nouveau dans mon foyer… le crépitement du bois… le parfum des plats qui dorent lentement… les rires des habitants et des marchands réunis autour de moi… Car tant que quelqu'un prendra le temps d'écouter mon histoire, mon feu, lui, ne s'éteindra jamais tout à fait.
« « Banal » ne voulait pas dire ordinaire : le mot vient du ban, le pouvoir du seigneur. Cuire son pain chez soi était interdit — il fallait venir au four et payer une redevance. »
Extérieur visible depuis le chemin, dans le vallon de Fond Germain. Site en cours de mise en valeur : restez sur les abords.
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