
La Porterie du Prieuré
La porte fortifiée voulue par Bertrand Daugeraud, verrou du domaine de Moustierneuf.
- Construite vers 1539 par Bertrand Daugeraud
- Chemin de ronde, échauguettes et meurtrières
- Feuilles d'olivier sculptées au linteau, symbole de paix
- Classée Monument historique depuis le 9 août 1941
15 min
- PMR
L'histoire, en quelques mots
Dieu vous donne le bonjour !
Je suis Bertrand Daugeraud. J'entrai au service du prieuré de Moustierneuf au début du XVIᵉ siècle comme intendant, avant d'en devenir le prieur puis le seigneur. Pendant près de quarante années, je consacrai mon énergie à relever ce domaine et à lui rendre sa prospérité.
Lorsque j'en pris la direction, le royaume pansait encore les blessures de la guerre de Cent Ans. Notre prieuré portait, lui aussi, les profondes cicatrices de ces longues décennies de conflits. Les bâtiments étaient fragilisés, les terres délaissées, les marais encore mal exploités. Il fallait tout reconstruire… ou presque. Ma première mission fut de rendre à Moustierneuf sa prospérité. Je développai les terres agricoles, fis aménager les marais et renforçai les ressources du domaine. Peu à peu, le prieuré retrouva son rayonnement économique et put assurer la subsistance de ceux qui vivaient de ses terres.
Mais l'expérience m'avait appris une chose : la richesse attire toujours les convoitises. Les rivalités entre les grands seigneurs du royaume se multipliaient, tandis que les tensions religieuses commençaient déjà à gagner la Saintonge. Je compris qu'un domaine prospère devait aussi savoir se défendre. Je pris donc la décision de transformer le prieuré en une place forte, capable de protéger ses habitants comme ses réserves.
La porte monumentale qui se dresse devant vous est l'un des plus beaux témoignages de cette ambition. Je la fis construire vers 1539 pour défendre le prieuré, mais aussi pour affirmer son autorité. Prenez un instant pour l'observer… Au sommet, le chemin de ronde permettait aux gardes de surveiller les environs. On y accédait par un escalier à vis dissimulé dans l'épaisseur des murs. Aux deux angles, les échauguettes offraient un remarquable poste d'observation, tandis que les meurtrières permettaient de tirer sur un assaillant tout en restant protégés. Jour et nuit, des hommes veillaient ici. Cette porte n'était pas une simple entrée : elle était le verrou de tout le domaine.
Pourtant, je ne voulais pas bâtir une forteresse austère. Mon époque était celle de la Renaissance. On savait alors qu'une construction pouvait être à la fois solide et élégante, puissante et harmonieuse. Levez maintenant les yeux vers le linteau. Vous y distinguerez encore quelques feuilles d'olivier délicatement sculptées dans la pierre. Ce n'était pas un simple décor. L'olivier est depuis toujours le symbole de la paix. Je voulais rappeler que, même lorsqu'il faut se préparer à la guerre, la paix demeure l'espérance des hommes.
Hélas… mes craintes ne tardèrent pas à devenir réalité. Après ma disparition, mon successeur, Hilaire Danglard, dut affronter les guerres de Religion. À partir de 1560, les affrontements entre catholiques et protestants embrasèrent peu à peu toute la région. Puis vint le mois de septembre 1568. Après avoir guerroyé dans plusieurs villes de Saintonge, parmi lesquelles Saintes, Saint-Jean-d'Angély et Pons, les troupes protestantes marchèrent sur Moustierneuf. Elles convoitaient les importantes réserves de vivres et les richesses conservées derrière cette porte.
Les défenseurs résistèrent avec un courage admirable. À deux reprises, ils repoussèrent les assauts. Mais leur détermination ne pouvait compenser leur infériorité. Moins nombreux, moins bien armés, ils finirent par succomber face à un ennemi bien supérieur.
À présent… regardez cette porte une dernière fois. Essayez d'imaginer le fracas des armes… Les cris des combattants… La fumée qui envahissait cette cour… Puis le silence. Les blessures que porte encore cette vieille pierre sont les témoins silencieux du courage de ceux qui défendirent, jusqu'au bout, le prieuré de Moustierneuf.
Quant à mes initiales, autrefois gravées au-dessus de cette porte, et aux feuilles d'olivier qui proclamaient mon espérance de paix… le temps les a presque entièrement effacées. Mais tant que des visiteurs comme vous s'arrêteront ici pour écouter mon histoire, une part de leur mémoire continuera de vivre.
« En septembre 1568, les défenseurs repoussèrent deux assauts protestants avant de succomber face à un ennemi bien supérieur. »
Extérieur visible depuis la voie publique. Le site du prieuré est une propriété privée.
En images


Le Cœur du Village
Une heure suspendue dans les ruelles de pierre.
Autres lieux de ce secteur

La Fontaine de Roule-Étron
Cinq siècles de mémoire, un nom mystérieux et une renaissance signée Raymond Pinaud.

Les Moulins de Saint-Agnant
Des sentinelles de pierre tournées vers le ciel, les marais et l'océan.

Le Four banal du Péré
Le four du seigneur où tout le village venait cuire son pain, au creux du vallon de Fond Germain.

L'église Notre-Dame-de-Bon-Secours
L'église du village, née en 1656 des cendres de Saint-Saturnin.



