
Le Pigeonnier de Moustierneuf
Dix-sept mètres de fierté seigneuriale, dressés depuis 1513 et relevés en 2002.
- Bâti en 1513 par Bertrand Daugeraud
- 17 mètres de haut, 2959 boulins
- Classé Monument historique depuis le 15 juin 1951
15 min
- Vélo
L'histoire, en quelques mots
Ah… je vois que j'ai à faire à des connaisseurs ! Soyez les bienvenus. Il faut un certain goût pour quitter les grands chemins et venir jusqu'à moi. Alors approchez… n'hésitez pas… levez les yeux. Oui… encore un peu.
Je sais, je suis imposant. Depuis plus de cinq siècles, je dresse ma silhouette vers le ciel, et je dois bien reconnaître une chose : les siècles m'ont donné quelques rides… mais ils ne m'ont jamais enlevé mon allure.
Je suis le pigeonnier du prieuré de Moustierneuf. Depuis 1513, je veille sur cette terre de Saint-Agnant comme un vieux gardien qui n'a jamais quitté son poste.
Je suis né de la volonté d'un homme hors du commun : Bertrand Daugeraud. Prieur, seigneur… mais surtout bâtisseur. Il voyait loin. Très loin. Lorsque la guerre de Cent Ans laissa derrière elle des bâtiments meurtris, des terres délaissées et des hommes découragés, beaucoup auraient baissé les bras. Lui choisit de reconstruire. Il redonna vie au prieuré, remit les terres en culture, releva les murs… et me fit naître.
Et permettez-moi cette confidence… Lorsqu'on décide de bâtir un pigeonnier de dix-sept mètres de haut, ce n'est pas uniquement pour loger quelques pigeons ! Non… À mon époque, seuls les grands seigneurs avaient le droit de posséder un pigeonnier comme moi. J'étais un symbole. Une déclaration de puissance gravée dans la pierre. Chaque voyageur qui me découvrait comprenait aussitôt que ce domaine était prospère, respecté… et regardé avec considération.
Admirez mes lignes. Voyez cette élégance inspirée de la Renaissance italienne qui soufflait alors sur le royaume de France. Bertrand Daugeraud voulait l'utile… mais jamais sans le beau. Il savait qu'une œuvre bien pensée traverse les siècles plus sûrement qu'un discours.
Et pourtant… derrière cette fière silhouette, il y avait aussi une vie discrète. Des milliers de pigeons venaient battre des ailes sous ma voûte pour rejoindre les 2959 boulins creusés à leur attention. Leurs roucoulements accompagnaient les journées des moines. Les saisons passaient. Les récoltes se succédaient. Les enfants devenaient des anciens. Moi… je regardais le temps faire son œuvre.
Puis les hommes partirent. Les pierres furent oubliées. Le silence remplaça les voix. Et ce qui n'avait pas été vaincu par les guerres commença lentement à céder devant l'indifférence.
Le 9 août 1965… vers onze heures… sans un cri… ma voûte s'effondra. Mon lanternon tomba avec elle. Je me souviens encore de cette poussière qui obscurcit le ciel. Ce ne fut pas seulement une chute de pierres. Ce fut une blessure. Car les monuments ne meurent jamais de vieillesse. Ils meurent lorsque les hommes cessent de les aimer.
Mais certains refusèrent cette injustice. Un voisin… Meilleur Ouvrier de France… ne supportait plus de me voir dépérir. Le propriétaire des lieux partagea son combat. Autour d'eux vinrent des femmes et des hommes de bonne volonté. Ils affrontèrent les difficultés techniques, les lenteurs administratives, les obstacles financiers. Combien auraient renoncé ? Eux continuèrent. Pierre après pierre… ils me rendirent ma dignité. À eux, je dois d'être encore debout devant vous aujourd'hui, en beauté depuis ce 14 septembre 2002, date de ma résurrection.
Depuis cinq cents ans, j'ai vu défiler les moines, les paysans, les seigneurs, les guerres, les moissons, les joies et les deuils. J'ai appris qu'aucune pierre n'est éternelle… mais que la mémoire, elle, peut le devenir… lorsqu'il existe des femmes et des hommes pour la transmettre.
Alors, avant de poursuivre votre chemin… accordez-moi encore un regard. Ne voyez pas seulement un vieux pigeonnier. Voyez les mains qui m'ont construit. Les regards qui m'ont admiré. Les cœurs qui m'ont sauvé. Car une pierre n'a de valeur que par l'amour que les hommes lui portent. Et tant qu'il restera quelqu'un pour lever les yeux vers moi avec un peu d'émerveillement… alors… je ne serai jamais une ruine. Je serai une mémoire vivante.
« Le 9 août 1965, vers onze heures, la voûte et le lanternon s'effondrèrent. Le pigeonnier fut relevé et inauguré le 14 septembre 2002. »
Extérieur visible. Vestiges du prieuré en propriété privée : merci de rester sur les chemins.
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