
L'ancienne église Saint-Saturnin
Le premier sanctuaire de Saint-Agnant, disparu mais toujours sous vos pieds.
- Fondation attribuée à l'époque carolingienne
- Nécropole de 6 000 m², l'une des plus remarquables du département
- Décrite par Claude Masse comme un « fort beau vaisseau »
15 min
- Vélo
L'histoire, en quelques mots
Bienvenue, amis du patrimoine… Vous vous trouvez sur les lieux mêmes de ma naissance. Je suis l'église Saint-Saturnin, que les anciens appelaient aussi Saint-Sornin. Aujourd'hui, il ne subsiste plus rien de moi. Pourtant, si vous cherchez les véritables origines de Saint-Agnant, c'est ici qu'il faut commencer votre voyage à travers le temps.
Bien avant les maisons, les rues et le village que vous connaissez, cette légère éminence dominait le ruisseau du Péré. Le canal de la Bridoire n'existait pas encore. À quelques centaines de mètres d'ici, les eaux du Golfe de Saintonge venaient baigner ces terres, tandis que le Pas des Vaches constituait un petit port naturel, probablement aménagé dès l'époque gallo-romaine, permettant de rejoindre les différentes îles qui émergeaient alors du golfe.
Ce paysage exceptionnel attira très tôt les hommes. Vers le Vᵉ siècle, des familles mérovingiennes choisirent de s'y établir. Elles trouvèrent ici un lieu naturellement protégé, proche de l'eau douce, de la mer et des voies de circulation qui faisaient déjà la richesse de cette région.
Les générations se succédèrent. Entre le VIIIᵉ et le Xᵉ siècle, une communauté chrétienne, héritière du monde carolingien, s'installa durablement sur cette hauteur. C'est alors que je fus élevée. Consacrée à saint Saturnin, premier évêque de Toulouse et l'un des grands évangélisateurs de la Gaule, je devins le cœur spirituel de cette nouvelle paroisse. La tradition locale situe ma fondation à l'époque de Charlemagne, souverain qui encouragea l'essor du christianisme dans tout son empire.
Autour de moi s'étendait un vaste cimetière. Sur près de 6 000 m², des générations d'habitants furent inhumées, les plus modestes comme les notables, côte à côte. Les fouilles archéologiques ont révélé une importante nécropole regroupant des sépultures mérovingiennes, carolingiennes, voire capétiennes : l'un des plus remarquables ensembles funéraires du haut Moyen Âge en Charente-Maritime.
Pendant des siècles, j'ai accompagné la vie du village. J'ai vu naître les enfants, réuni les familles, célébré les mariages et accompagné les disparus dans leur dernier voyage. Puis vinrent les guerres de Religion. Au XVIᵉ siècle, la violence atteignit Saint-Agnant et, comme de nombreuses églises de la Saintonge, je fus en partie détruite. Quelques décennies plus tard, Claude Masse, ingénieur et architecte du roi Louis XIV, me décrivit pourtant encore comme un « fort beau vaisseau ». Mais peu à peu, l'abandon eut raison de moi : mes pierres furent récupérées pour d'autres constructions et, au cours du XVIIIᵉ siècle, la nature reprit définitivement possession des lieux.
Pourtant, mes souvenirs n'avaient jamais disparu. Ils dormaient simplement sous la terre. En 1999, puis en 2019, les archéologues vinrent me redonner la parole. À l'occasion des travaux du Chemin Rouge, puis de la réfection de l'avenue de la Bridoire, près de 150 sépultures furent mises au jour. Ces découvertes confirmèrent ce que la mémoire locale avait conservé depuis des siècles : c'est ici que battait le premier cœur de Saint-Agnant.
Aujourd'hui, mes murs ont disparu. Pourtant, sous vos pieds, l'Histoire est toujours présente. Chaque pierre, chaque fragment de céramique, chaque sépulture raconte les premiers siècles de votre commune. Je ne suis plus visible… Mais je demeure le premier sanctuaire de Saint-Agnant, le gardien silencieux de sa mémoire et le témoin de la naissance de votre village.
« En 1999 puis en 2019, les travaux du Chemin Rouge et de l'avenue de la Bridoire ont mis au jour près de 150 sépultures du haut Moyen Âge. »
Site disparu — repère mémoriel le long de l'avenue de la Bridoire.
Le Cœur du Village
Une heure suspendue dans les ruelles de pierre.
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