
L'ancienne église Saint-Saturnin
Le premier sanctuaire de Saint-Agnant, disparu mais toujours sous vos pieds.
- Fondation située entre le VIIIe et le Xe siècle
- Nécropole de 6 000 m², fouillée en 1999 et 2019
- Près de 150 sépultures mises au jour
15 min
- Vélo
L'histoire, en quelques mots
Bienvenue, amis du patrimoine…
Je suis l’église Saint-Saturnin, que les anciens appelaient aussi Saint-Sornin. Vous vous trouvez à proximité des lieux mêmes de ma naissance, qui se situait entre le café tabac sur votre droite et la boulangerie un peu plus haut à gauche. Sur la route où passent les voitures, se trouvait mon cimetière.
Aujourd’hui, il ne subsiste plus rien de moi. Pourtant, si vous cherchez les véritables origines de Saint-Agnant, c’est ici qu’il faut commencer votre voyage à travers le temps.
Bien avant les maisons, les rues et le village que vous connaissez, cette légère éminence dominait le ruisseau du Péré.
Le canal de la Bridoire n’existait pas encore.
À quelques centaines de mètres d’ici, les eaux du Golfe de Saintonge venaient baigner ces terres, tandis que le Pas des Vaches constituait un petit port naturel, probablement aménagé dès l’époque gallo-romaine, permettant de rejoindre les différentes îles qui émergeaient alors du golfe.
Ce paysage exceptionnel attira très tôt les hommes.
Vers le Ve siècle, des familles mérovingiennes choisirent de s’y établir. Elles trouvèrent ici un lieu naturellement protégé, proche de l’eau douce, de la mer et des voies de circulation qui faisaient déjà la richesse de cette région.
Les générations se succédèrent.
Entre le VIIIe et le Xe siècle, une communauté chrétienne, héritière du monde carolingien, s’installa durablement sur cette hauteur.
C’est alors que je fus élevée.
Consacrée à saint Saturnin, premier évêque de Toulouse au III° siècle et l’un des grands évangélisateurs de la Gaule, je devins le cœur spirituel de cette nouvelle paroisse.
La tradition locale situe ma fondation à l’époque de Charlemagne, proche du pape Léon III, qui encouragea l’essor du christianisme dans tout l'empire et favorisa la création de nombreuses églises rurales.
Autour de moi s’étendait un vaste cimetière.
Sur près de 6 000 m², des générations d’habitants furent inhumées. Les plus modestes comme les notables reposaient côte à côte.
Les fouilles archéologiques ont révélé une importante nécropole regroupant des sépultures mérovingiennes, carolingiennes, voire jusqu’au XVIe siècle. Elle constitue aujourd’hui l’un des plus remarquables ensembles funéraires du haut Moyen Âge en Charente-Maritime.
Pendant des siècles, j’ai accompagné la vie du village.
J’ai vu naître les enfants, réuni les familles, célébré les mariages et accompagné les disparus dans leur dernier voyage.
Puis vinrent les guerres de Religion.
Au XVIe siècle, la violence atteignit Saint-Agnant. Comme de nombreuses églises de la Saintonge, je fus en partie détruite au cours de ces affrontements.
Quelques décennies plus tard, Claude Masse, ingénieur et architecte du roi Louis XIV, me décrivit pourtant encore comme un « fort beau vaisseau », preuve que malgré les blessures du temps, ma silhouette demeurait imposante.
Mais peu à peu, l’abandon eut raison de moi.
Mes pierres furent récupérées pour d’autres constructions et, au cours du XVIIIe siècle, la nature reprit définitivement possession des lieux.
Pourtant, mes souvenirs n’avaient jamais disparu.
Ils dormaient simplement sous la terre.
En 1999, puis en 2019, les archéologues vinrent me redonner la parole. À l’occasion des travaux du Chemin Rouge, puis de la réfection de l’avenue de la Bridoire, près de 150 sépultures furent mises au jour.
Ces découvertes confirmèrent ce que la mémoire locale avait conservé depuis des siècles : c’est ici que battait le premier cœur de Saint-Agnant.
Aujourd’hui, mes murs ont disparu. Pourtant, sous vos pieds, l’Histoire est toujours présente.
Chaque pierre, chaque fragment de céramique, chaque sépulture raconte les premiers siècles de notre commune.
Je ne suis plus visible… Mais je demeure le premier sanctuaire de Saint-Agnant, le gardien silencieux de sa mémoire et le témoin de la naissance de notre village.
Site disparu — repère mémoriel le long de l'avenue de la Bridoire.
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